Web-pour-tous.org

Accueil

Le « Cambronne » de l’accessibilité numérique décerné au site de la mairie de Vasselay

19 janvier 2015Auteurfrank 5 commentaires

Aujourd’hui je suis un peu désabusé, mais surtout énervé et fâché car c’est à ma commune que je décerne ce prix. Ma commune qui a dit "Merde" à l’accessibilité numérique, parce qu’elle a fait la sourde oreille à mes mails de sensibilisation, ma proposition d’aide, pensant qu’elle avait les compétences nécessaires en accessibilité pour jauger le travail du prestataire, suivre le projet et le mener à bien.

Désolé on veut du "beau" et pas de SPIP

Il y a quelques mois, la commission communication de ma commune me contacte pour un devis pour la refonte de son site sans aucune mention de la prise en compte de l’accessibilité.

Je fais donc une proposition en mettant l’accent sur l’accessibilité numérique
(loi de février 2005, RGAA) en espérant pouvoir argumenter plus en détail lors d’un éventuel entretien pour défendre ma proposition.

Que nenni ce n’était pas encore noël, pas d’entretien et proposition non retenue.

Les raisons qui nous ont poussé à choisir une autre proposition sont, principalement que vous utilisez le CMS SPIP, je l’utilise déjà professionnellement et je le trouve difficile à utiliser pour des personnes débutantes comme les utilisateur envisagés.

D’autre part je vois que vous ne travaillez pas avec un graphiste, et je souhaitais un design plus travaillé.

Cause toujours, pour l’accessibilité on a besoin de personne

Limite que ma proposition ne soit pas retenue, que la solution logicielle ne convienne pas, que ce que je propose graphiquement ne plaise pas, soit, c’est le jeu ma pauv’ Lucette, si le prestataire choisi fait bien son boulot je sais être beau joueur.

Hors sans vouloir du mal à mes chevilles, je sais que localement aucun prestataire ne fait de l’accessibilité numérique, de la vraie hein comme moi je l’entends, pas juste mettre des titres, des textes alternatifs sur les images et une page accessibilité pour faire style on maîtrise et rassurer le client.

J’ai donc recontacté le responsable de la commission en lui expliquant qu’avoir un "beau site" c’est bien, mais qu’avoir un site également utilisable par le plus grand nombre c’est mieux, en lui répétant qu’il existait une loi, un référentiel, les nombreux avantages à les prendre en compte, que sauf erreur de ma part aucun prestataire local ne proposait cette compétence pour un travail de qualité.

En conclusion de mon mail j’ai mis ceci :

Néanmoins malgré cette déception, je reste à votre disposition si vous le désirez pour vous apporter toute mon aide et mon expertise pour guider le prestataire et/ou vérifier la prise en compte de l’accessibilité tout au long du développement de votre site.

J’ai cru naïvement que la commission, sachant qu’une personne de la commune prête à s’investir dans le projet, pouvait les guider dans une démarche d’accessibilité, essaierait au moins de me contacter pour en savoir plus sur le sujet, ce que cela impliquait, hé bien non je n’ai reçu aucune réponse à ce dernier mail.

Et c’est pas fini.

Suite à une rencontre fortuite, j’ai su que la commission avait fini par demander au prestataire de faire attention à l’accessibilité alors que ce n’était pas précisé dans la demande, que personne ne s’était renseigné sur la loi, le référentiel, que personne n’avait la moindre idée de ce que cela représentait et comment être sûr que celui-ci ferait un travail de qualité.

Ce qui devait arriver arriva

Je n’ai aucun diplôme d’expert en accessibilité mais cela ne m’empêche pas d’avoir les connaissances nécessaires, je pense, pour me permettre d’évaluer en partie la qualité du travail d’un prestataire au niveau accessibilité surtout quand les bases ne sont pas respectées et on en est là.

Le site est terminé et malheureusement sans même un audit approfondi j’ai déjà relevé de multiples erreurs (une bonne vingtaine) dont certaines sont carrément bloquantes pour l’utilisateur, et je ne parle pas d’un niveau élevé puisque le niveau A du RGAA version 2.2 ne serait même pas atteint.

Un peu fâché de voir ce qui avait été fait en partie avec l’argent de mes impôts, j’ai contacté le responsable de la commission tout surpris de m’entendre dire que leur prestataire avait fait un travail plus que limite au niveau accessibilité (en admettant qu’un travail ait réellement été effectué).

Le pire c’est que maintenant il me demande des informations sur la loi, ce qu’il risque (celle là c’est ma préférée), le référentiel et qu’il pense en toute bonne foi pouvoir l’assimiler en quelques jours et demander des modifications en conséquence au prestataire alors que rien n’a été demandé explicitement dans le pseudo cahier des charges fourni. Par contre il n’est toujours pas question de rencontrer la commission pour les sensibiliser et les informer (je dois avoir une tête qui leurs revient pas !).

Monsieur le Maire, mesdames messieurs de la commission, si maintenant qu’il est probablement trop tard, parce que vous n’avez pas pris la peine d’écouter, de vous renseigner, d’accepter de l’aide, la seule chose qui inquiète la commune c’est de ne pas risquer d’amende, je vous rassure la loi de février 2005 en elle même ne prévoit rien mais indirectement vous risquez d’être attaqués un jour ou l’autre pour discrimination.

Par contre ce que je peux vous dire c’est que vous êtes passé à côté d’une belle occasion de montrer l’exemple et une image positive de la commune, de faire un acte civique, de vous inscrire dans une démarche citoyenne, en prenant en compte tous les publics, en réduisant la fracture numérique, et en participant activement à l’intégration sociale des plus démunis face au numérique.

Pour une mairie ça la fout mal.

L’accessibilité est un métier

Si déjà le prestataire ne vous informe pas à ce sujet dans sa proposition (vu le résultat je ne pense pas qu’il l’ait fait) alors que vous n’en avez pas fait mention dans votre cahier des charges, c’est déjà un indice sur le risque de non implication dans cette démarche et il y a de fortes chances qu’au final il n’ait aucune idée de ce que cela implique réellement, et ce n’est pas parce qu’il vous assure dans une discussion entre deux portes que oui l’accessibilité sera prise en compte, que cela sera fait et correctement.

L’accessibilité n’est pas un gadget que l’on traite par dessus la jambe, une compétence qui s’acquiert en un coup de cuillère à pot en lisant un document, sa prise en compte ne s’arrête pas au fait de mettre des textes alternatifs aux images.

Il existe des normes, une multitude de critères à prendre en compte, de tests à effectuer (sauf erreur 128 pour le niveau A) c’est des mois et des mois, voire des années de travail, d’apprentissage, d’investissement, pour comprendre, assimiler et mettre en application pour délivrer une prestation de qualité.

C’est un travail de chaque instant dans le processus de réalisation de votre projet, qui commence dès les premières minutes de son existence et non pas un truc que l’on saupoudre comme ça aléatoirement durant la conception (ou pire une fois que le site est terminé et en ligne) parce que l’on en a vaguement entendu parler sur le web.

Le beau n’est rien sans la qualité web et l’accessibilité

Un site web ce n’est pas uniquement du visuel, c’est également du code et les compétences d’un prestataire ne se mesurent pas uniquement à la qualité visuelle de ses réalisations. Elles se mesurent également à sa capacité de prendre en compte la qualité web, les performances web et l’accessibilité dans les projets qu’on lui confie.

Un beau site qui ne prend pas en compte un minimum ces trois composants du web risque d’être inutilisable pour certains et ne servira pas à grand chose d’autant plus quand celui-ci est voué à servir tous les citoyens comme le site d’une mairie.

Alors vous qui êtes sur le point de mettre en route la refonte du site internet de votre commune, de votre communauté de commune..., essayez d’écouter, de vous informer, de vous documenter, réfléchissez aux conséquences légales (discrimination) et à l’impact d’un mauvais choix de prestataire sur l’utilisateur qui devrait être le centre de vos préoccupations. Vous ne faites pas un site internet pour vous faire plaisir, vous le faites avant tout pour que tous les internautes puissent le consulter.

N’ayez pas peur d’assumer le fait que vous ne maîtrisez pas un sujet spécifique comme celui là et qu’un peu d’aide peut s’avérer utile, ne vous précipitez pas sur le premier prestataire venu car il fait graphiquement les derniers trucs hype du moment, qu’il a des pages et des pages de réalisations (la quantité n’est pas toujours une preuve de qualité) allez plus loin dans votre démarche.

Un jour ce sera peut-être vous

Pour finir, je dirai que je fais de l’accessibilité et que j’essaye de sensibiliser dès que je peux parce qu’en quelque sorte je suis égoïste, je me dis qu’à n’importe quel moment de ma vie c’est moi qui pourrait un jour en avoir besoin (maladie, accident, vieillissement..).

Alors avant de prendre une décision, soyez vous aussi égoïstes et dites vous qu’un jour c’est vous qui pourriez en avoir besoin.

Bref ! ma commune n’a pas voulu écouter et a dit "Merde" à l’accessibilité.

http://www.vasselay.fr

Liens complémentaires :

5 commentaires - Commenter l'article - Voir tous les articles

Haut de page